Vendredi 7 mars 2008

Sophia's Staying Alive !

Dans ma tête j'ai plein d'amis... mais j'ai surtout une ennemie. Sophia. Sa devise : "je voix, je veux, je prends". C'est la force de tous les désirs à l'état brut. Elle cherche toujours à pervertir la pureté de Votre So Long parce que c'est un être primaire, hautain. Elle aime contrôler les autres, c'est la méchante de l'histoire. Elle cumule peu tous les défauts des femmes... dans le fond, elle n'est rien d'autre qu'une perverse polymorphe. 

D'aucuns diraient que bordel, quand Sophia revient parmi les vivants, elle ne fait pas dans la demi mesure, et que j'en fais peut-être même trop en lui accordant trois articles consécutifs sur mon blog de merde. Mais ceux-là ne se rendent pas compte de l'importance de la situation. Après huit ans de cohabitation, elle s'en va. Et croyez-moi qu'en huit ans, il s'en est passé des choses.

Mais pour l'heure, je la regarde qui se prépare à partir, son drap à fleurs sur les épaules comme une pauvre réfugiée de Sangate en plein hiver, les larmes innondants son visage d'iceberg et la morve suintant au bout de son nez. La voir dans cet état devrait me réjouir après tout ce qu'elle m'a fait subir, mais j'ai le coeur serré. Je me dis qu'en fin de compte, moi aussi je suis peut-être atteinte du syndrome de Stockolm, et je me souviens qu'elle ne m'a pas kidnappé, que c'est juste un personnage créé de toute pièce par mon imagination malade. D'un autre côé, elle est tellement insupportable, tellement mauvaise que je suis rassurée de la voir prendre ses cliques et ses clacs, après tant d'années je n'aurai plus à supporter ses assauts vicieux et ses idées perverses.

Alors autant lui dire un petit mot. Un petit quelque chose... lui souhaiter bon vent, bonne route et bonne continuation, un de ces trucs qui se disent quand on fait nos adieux. Truc qu'on ne pense jamais, puisque grosso-modo à ce stade d'une relation, l'autre, on s'en fout. Combien même cet autre c'est je.

"Et tu te casses comme ça. Sans rien dire de plus, même pas tu t'excuserais de m'avoir réveillée en pleine nuit au milieu d'un rêve magique. T'es vraiment rien qu'une connasse !"

Parfois, je ferai mieux de me taire, parce que quand je lui ai dit que c'était rien qu'une connasse, elle s'est remise à pleurer, elle ne ressemblait plus à rien, un tas informe et dégoulinant, une pauvre chose avec le charisme d'une huître pas fraîche un jour d'été sur la plage abandonnée, coquillages et crustascés. Et là elle m'a répondu entre deux hocquets que je n'étais rien qu'une ingrate, sans coeur et sans âme, que je ne pensais qu'à moi et qu'avec un comportement pareil je finirai ma vie toute seule, sans personne et abandonnée de tous. Le problème avec Sophia, c'est qu'elle sait toujours frapper là où ça fait mal.

"On a quand même eu de bons moments toutes les deux" qu'elle m' dit  "Tu te rappelles la fois où on était trop occupée à se disputer et que la BAC a voulu t'emmener en cellule, et toi tu leur mettais des coups de pieds en leur disant que tu ne voulais pas que les hommes en blancs t'emmènent. Je suis sure que tu leur as fait mal en plus ! C'était bien drôle... et puis sans moi, ils auraient sûrement pas passé l'éponge. Au lieu de ça ils t'ont consolée comme un bébé alors que tu continuais de leur donner des coups.
- .... je sais pas si on peut appeler ça un bon moment, hein. Rapport que quand même, j'ai failli avoir de gros problèmes.
- Et la fois où je t'ai convaincu que ça n'allait pas marcher avec puceau numéro 1, et que tu l'as largué comme une merde le lendemain matin. Il en a mis du temps pour s'en remettre. Ca aussi, c'était drôle.
- ... tu sais que t'es vraiment bizarre comme fille. Parce que le pauvre il a eu drôlement du mal à prendre confiance en lui après, je suis sure qu'il m'en veut toujours. Et moi tout le monde il m'aime, tout le monde me trouve géniale.
- Tu parles ! T'as la mémoire un peu courte, je t'ai beaucoup aidé. Si je t'avais pas poussé un peu t'en serai pas là aujourd'hui. Tiens... t'aurai jamais connu Fuck Friend bibliquement avec tes grands principes de "c'est le mec d'une copine, je peux pas faire ça, elle est dans la pièce à côté". Grâce à moi t'as pris ton pied....
- ... et je culpabilise encore parfois."

Et soudain, j'ai réalisé un truc. Un truc tout con, un truc auquel je n'avais jamais pensé heureuse que j'étais de me débarrasser d'elle. Si elle n'est plus là, je devrais assumer toute seule les conséquences de mes actes ! Je pourrais plus me dire que c'est à cause d'elle que je fais des conneries, voire, je ne pourrais plus faire de conneries. Elle est un peu mon portrait de Dorian Gray, et si je la fous dehors comme ça, je vais finir par avoir les traces de mon vice passé, présent et futur gravées sur mon visage d'ange. Voire, je vais avoir des rides ! D'un autre côté, ai-je envie de vouer ma vie au vice ? Pas pour le moment, c'est certain. Mais si je rechute. Je vais devoir tout assumer. Tout.

" Dis Sophia, là-haut, ils pensent que c'est permanent mon état ?
- Ben selon eux, t'es un cas à part, rapport que t'as changé sans avoir vu la Vierge, sans avoir un mec, sans avoir eu de problèmes... juste comme ça. Alors bon, on sait pas trop, on n'a jamais vu ça."

L'horrible vérité m'est apparu... J'ai eu la vision fugace d'un petit pavillon de banlieu, avec trois enfants sales qui jouent avec un chien à trois pattes pendant que je me casse le dos à ramasser les canettes de bières laissées par mon chômeur de mari, je me suis vue roulant en Scénic pour aller à la Poste du coin ouvrir mon guichet, faisant la gueule avec mes 50 kilos de trop et mon chemisier en mousseline à fleur. Je me suis cru chez Jerry Springer.

" Et si on passait un accord ?
- Attends poulette ! Tu me connais, moi je passe d'accords avec personne, je vois, je veux, je prends... chez toi y a plus rien à prendre, à vouloir et à voir, alors bon, je trace ma route maintenant.
- Oui, mais imaginons que ce ne soit que temporaire... tu seras bien emmerdée de plus être là pour guider mes exactions. Alors que si tu restes, tu te mets en veilleuse le temps que ça passe et tu réapparais dès qu'il y a besoin.
- Non mais tu m'imagines me taire et te regarder en train de faire du droit le vendredi soir et boire du coca-light le samedi soir. Tu veux me tuer à petit feu.
- De toute façon t'irais où ? Je t'ai créé sur mesure, alors je doute que là-haut ils arrivent à te trouver quelqu'un qui corresponde aussi bien que moi."

Je me suis dit que j'aurai du me taire. Mais je ne pouvais pas laisser cette horrible vision se réaliser... en plus, non seulement je portais un chemisier hideux mais aussi des ballerines ! Moi ! Des chaussures plates... un cauchemard ! Elle a eu un éclair de lubricité dans le regard, et je me suis dit que là, j'avais peut-être fait une connerie.

" Je ne sais pas si ils vont m'autoriser à rester... le formulaire parle de lui-même. Il n'y a plus une once de vice chez toi, pure comme l'enfant qui vient de naître que tu es. Alors bon, moi je peux pas travailler dans ces conditions, je pense qu'à la place ils vont t'envoyer une conscience qui guidera tes pas sur le chemin du bon, du bien et du vrai. J'espère pour toi qu'elle sera sympa...
- Donc tout est fini. Tu t'en vas. Et basta !
- Ouaip.
- Mais, le formulaire, on peut le bidouiller. Si tu veux je te mets un mot, et toi tu reviens dans six mois pour me reprendre en main. Un truc dans le genre..."

Elle s'est mouché une fois de plus dans son drap tandis qu'elle me tendait le formulaire en me désignant la case Observations de l'intéressé(e). J'ai eu l'impression de vendre mon âme... mais l'idée d'être définitivement responsable de mes actes a pris le dessus. J'ai gribouillé quelques lignes...

Madame, monsieur,
suite à une conversation avec cette connasse de Sophia, je me dois de vous informer que les changements dans ma vie ne sont que temporaires. J'envisage dans les prochains mois de me défoncer la gueule à la coke, de me mettre la race au White Spirit, et de me faire prendre par des nains trisomiques atteints d'un priapisme avant de faire un casse dans un épicerie pour voler un paquet de pâtes.

Dans ces circonstance, cette connasse de Sophia et moi même avons convenu qu'il serait préférable qu'elle reste dans les parages afin de m'indiquer la bonne marche à suivre pour trouver un dealer, un castorama et un nain.

Veuillez agréer l'expression de ma sincère considération.

So Long.


Elle a récupéré le papier, a hoché la tête, et est finalement parti, alors que dehors le jour commençait à se lever.

D'un coup, comme ça, dans la lumière du jour, je me suis dit que j'avais peut-être fait une connerie.



par So Long publié dans : Je est un Autre communauté : Wild Bloggeuz
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