Mardi 7 octobre 2008
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07:00
Paris. Place de la Sorbonne. 10h
La Succube traverse la Place le coeur battant, tenant fermement son téléphone dans la main droite et sa cigarette dans la main gauche. Seules réalités tangibles à l'heure où elle doit le
chercher du regard. Elle cache son émotion derrière de grandes lunettes noires. La tête haute elle ne quitte pas des yeux les pavés inondés par le courant d'une onde pure. Le vent joueur balaie ses
longs cheveux bruns. Elle refait la chronologie des évènements dans sa tête. Un mail. Un appel. Un rendez-vous. Une image ne la quitte pas. Deux yeux bleus, perçants, mystérieux. Des yeux de loup
qui vont la dévorer dans quelques minutes. La sève de l'arbre contre lequel elle s'adosse monte en elle.
Elle s'interroge, espère et doute. Et si elle n'était pas assez intelligente, et si elle n'était pas assez cultivée, et si elle se mettait à bredouiller, et si elle n'était pas en mesure de
réaliser la mission qui l'amène ici. Et si il ne venait pas. Pourquoi elle après tout.
Une main se pose sur son épaule.
"Prenons un café"
Sa jupe traine sur le sol pavé, inondé par le courant d'une onde pure. Elle se contient. Se retient. Ne pose pas de questions et se laisse entrainer. Mais toujours cette question... pourquoi
elle.
Devant elle deux tasses désormais vides qu'elle s'efforce de ne pas voir. En face d'elle ces yeux qui l'évitent quand elle les cherche, qui la cherchent quand elle les évite. Et toujours cette
question qu'elle n'a pas le droit de poser, toujours cette étiquette qu'il lui faut respecter, toujours cette crainte de faire un faux pas. Bienséance, hiérarchie, avenir... ces tyrans de l'instant
présent. Fantasme, orgie, plaisir... ces tyrans de l'instant présent.
La réponse vient d'elle-même dans un murmure, comme un souffle chaud rassérénant mais pourtant oppressant. Jamais la vérité n'aura été si folle. Elle gagne ce pari incroyable mais perd
définitivement toute tranquillité d'esprit. Ce portable auquel elle se raccrochait il y a moins d'une heure devient un fardeau ardent qui lui brûle les doigts.
Et cette réponse aux questions qu'on ne pose pas qui revient sans cesse la hanter.
"Vous m'intriguez beaucoup".
Merci au
Baron Rouge d'avoir accepté que je lui "emprunte" la forme de ses
Instantanés.
Libres Penseurs