Mardi 1 mai 2007
Article publié sur mon ancien blog, je vous le publie tel quel, comme ça les nouveaux se feront une idée du style.


Aujourd'hui j'ai fait une chantilly. Ca peut paraître idiot dit comme ça, mais j'adore faire la chantilly. C'est un grand moment de solitude où on a tout plein de grandes pensées métaphysiques qui nous assaillent.

 

J'étais donc là, regardant monter la crème qui formait de jolies volutes nacrées à chacun de mes coups de fouet. Et je me disais que quoiqu'on en dise, la cuisine et l'amour font réellement bon ménage. Et là vous vous dites que So Long doit véritablement s'ennuyer pour en arriver à de telles inepties. Je vous répondrais que oui, mais que mes débilités en général je les garde pour moi.... SAUF si celles ci peuvent apporter un élément de réponse à la grande incompréhension des siècles : le couple, l'amour, le sexe. Et inexorablement on en revient à la cuisine. Mais pas la cuisine de maman, ni celle de grand mère, la cuisine sans recette où on ne peut que demander des conseils à sa maman, et parfois à sa grand mère. Mélanger leur conseil et chercher l'ingrédient secret qui fera que c'est vous et personne d'autre.

Prenez la chantilly par exemple. Mon secret à moi c'est d'y mettre une petite goutte d'arome naturel de vanille. Une petite goutte indétectable mais qui affole les papilles. D'ailleurs j'ai plein de petits secrets comme ça qui font que mes petits plats sont toujours surprenants et plaisants. Prenez les fraises. A priori ça n'a rien de sorcier à préparer. On lave, on équeute, on mange. Mais essayer de les couper en deux. Ajoutez-y une pincée de sucre et un filet de citron. Laissez au frais deux heures. Et vous me direz si vos fraises tout justes lavées et équeutées sont toujours aussi bonnes. La cuisine et moi, c'est toujours du grand art. Ca a du commencer le jour où j'ai fait ma première sauce de salade, je devais avoir 3 ans, et j'avais eu l'idée de mettre un peu de sucre dans la moutarde et un soupçon de céleri. Rien d'extraordinaire. Rien de luxueux. Mais ce fût bon. Et de ce jour je me suis employée à rendre l'ordinaire toujours un peu plus extraordinaire avec un minimum d'artifice.

Et finalement, l'amour c'est comme la chantilly. Les ingrédients de base sont toujours les mêmes. La recette est toujours la même. On y met de l'huile de coude. On monte et monte encore, toujours plus haut. Mais pas trop haut sinon ça retombe. Il faut verser l'arome au bon moment, sinon l'effet tombe à plat. Et il faut gouter du bout du doigt pour être sur de soi.  

D'ailleurs la cuisine et moi ça a toujours été un grand bonheur, le petit coup de génie qui vous prend, l'idée qui germe, qu'on met à exécution. J'avais pensé faire l'école hôtelière quand j'étais plus jeune, mais on a pensé que gâcher de telles aptitudes intellectuelles était vraiment dommage. Et je n'ai pas fait l'école hôtelière. D'un autre côté ça aurait probablement bridé mon imagination. Quand j'ai commencé à étudier réellement la littérature je n'ai plus été capable d'écrire une ligne. Et ce n'est que depuis que j'ai arrêté les études littéraires que je recommence à écrire avec plaisir. Alors je me dis que c'est bien d'avoir choisi le droit, parce que je ne me suis jamais reconnue aucune aptitude de juriste.


Enfin je m'égare. Donc la cuisine et l'amour, la cuisine et le sexe. Oui le sexe. Dans le sexe c'est la même chose, il faut reconnaître chez l'autre ce qu'il aime. Aime-t-il le sucré ? le salé ? le piment ? Chaque partenaire a des envies précises et des goûts particuliers qu'il faut savoir reconnaitre avant de se lancer franchement, sans quoi la relation tombe à plat et laisse un arrière-goût de profonde déception. La relation sexuelle idéale ne doit laisser qu'un goût de "revenez-y". Il s'agit là de la relation purement abstraite et dénuée de tout contexte. Je ne suis pas de celle qui pense que le sexe sans amour est toujours mauvais. Ce qui est mauvais c'est le sexe sans respect.

Prenons la rencontre basique, celle qui se termine inévitablement plus ou moins en disant "montre moi ton joujou extra, ton jouet tabou et on fera crac hou oui". Oui je sais, elle est nulle celle-là. Enfin bref, la fille rencontre le garçon. Peu importe où, le contexte n'a que peu d'importance, c'est davantage la dose d'alcool qui peut jouer, mais n'entrons pas dans les détails. Le garçon rencontre la fille. Bref, ils se rencontrent. D'un côté il y a des cils qui papillonnent, et de l'autre il y a une moue virile. Ce petit mouvement que fond tous les hommes inconsciemment avec leurs lèvres, comme s'ils s'apprêtaient déjà à demander l'addition, comme s'il venait de se faire frapper par une flèche de cupidon.

Et là... Arrêt sur image. Ils ne se connaissent pas. Ils se parlent soit disant pour se découvrir, mais ils ne s'écoutent pas. Il se passe quelque chose, ils ne savent pas vraiment quoi. Pour l'instant les ingrédients sont là, mais ne sont pas encore mélangés. On cherche le moule, on cherche encore la recette. Mais que se passe-t-il exactement ?
Dans la tête de la fille ça carbure. Elle attend qu'il lui prenne la main pour enfin mettre la recette en marche, elle respire un peu plus fort. Pourquoi ? Premièrement parce que cette respiration un peu haletante bombe peu à peu sa poitrine. N'oublions pas qu'ils se font face. Cette poitrine qui s'offre et se retire au rythme de la respiration attire inévitablement le regard du mâle. La nature est bien faite. Le mâle est attiré par le mouvement. Et secondement parce que cette respiration saccadée permet aux informations d'affluer au cerveau. La fille respire, elle sent les phéromones de sa proie. Et elle passera le reste de la soirée à décrypter ces informations : il aime qu'on lui caresse les cheveux, il préfère les léchouilles aux aspirations, il a la base des couilles hyper sensible, sa position préférée est la levrette. Enfin toutes ces informations doivent bien arriver, et elles arrivent. Parfois un peu brouillées par le vacarme ambiant, parfois si claires et si évidentes que la fille peut oser prendre les devants. Tout dépend du mâle. 
Vous vous demandiez à quoi pouvait bien servir cette pseudo parade nuptiale que constitue la rencontre en tête-à-tête ? Maintenant vous savez.

Reprise. Ils discutent toujours. Le garçon prétexte l'allumage d'une cigarette, la commande d'un autre verre, un cil dans l'œil pour engager le premier rapprochement physique. C'est là que tout se joue. Si le rapprochement a lieu avant que les informations arrivent tout est perdu, le garçon passe pour un pervers obsédé. Si le moment est bien choisi, la fille l'invitera immanquablement à poursuivre ce premier contact. Dans ma rencontre abstraite et idéale le garçon a choisi le bon moment, la fille envoie le signal qui lui dit qu'elle est prète à partager son espace vital avec lui. La zone de démarcation de cinquante centimètres est levée, la bulle se constitue. On préchauffe le four. 

Le plat est lancé.
 
Alors So Long, ta chantilly ?
Super bonne, surtout avec des fraises.


La suite est !
Et la fin est !

par So Long publié dans : Théories foireuses communauté : Wild Bloggeuz
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