- Bonjour je m'appelle A. et je suis
bloggeur référencé dans un blog sexe.
- Bonjour, je m'appelle B. et je suis aspirant bloggeur à être référencé dans un blog sexe.
- Bonjour ! Alors moi c'est So Long, je suis en 1ere 2eme 3eme année de droit, j'ai un chat et j'aime bien courrir nue dans les champs !
- ............
- Ah... oui. Bon ben j'ai un blog itou, ouais moi aussi je suis référencé là-dedans.
Pensant un peu au vide de mes pages ces derniers temps, je me décide à faire quelque chose en vous ressortant du placard un vieil article tout pourri, mais que ça vous changera de 1968.
L'article sur les lignes éditoriales du monde blogesque (oui je sais, on dit blogosphère) ! Vous me direz mais comment So Long peut-elle trouver des idées aussi intéressantes, pleine d'esprit et
de finesse. Je pourrais vous mentir en vous disant que c'est inné, mais je peux aussi vous dire la vérité. Cette idée m'est venue un soir à la suite d'une discussion avec mon frère. Parce que oui
mon frère lisait mon ancien blog, enfin de temps en temps. Bon au début ça m'effrayait un peu, mais en fin de compte, c'est une bonne chose parce que savoir qu'il peut à tout moment tomber sur un
article me pousse à en faire de bons. Mon frère est - presque - anti blog, mais ça ne l'empêche pas de s'intéresser à ce que je fais en dehors de la FAC.
Donc on était là, tous les deux, regardant d'un oeil distrait la télé, quand il en est venu à m'en parler. Mon frère c'est un peu le meilleur grand frère que le monde ait porté, tout d'abord
parce que c'est le mien, et aussi parce qu'il fait très attention à sa petite soeur, il lui donne des conseils, et il sait que son avis compte beaucoup pour elle. Il me parle donc des blogs, et
me demande si ça va. Je lui dis que ça m'amuse, que l'important c'est de ne pas se prendre au sérieux et de voir où ça peut mener. Ne sachant pas exactement ce qu'il a pu lire comme articles
jusque-là, je préfère être un peu en retrait et ne pas rentrer dans le fond. Je me plais à croire que mon frère me croit encore vierge... enfin il essaie de s'en persuader de temps en temps, mais
l'âge avançant il ne peut plus vraiment se faire d'illusions.
Il en vient donc au sujet tabou - du moins entre nous... la sexualité. Et il me dit que quand même, je parle beaucoup de sexe. Qu'en soit c'est pas très grave, mais parler de sexe à tout va c'est
facile, ça ne mange pas de pain, et c'est "fédérateur". Inutile de vous dire que je suis surprise, il m'arrive certes d'en parler, mais je n'ai pas pour ambition d'en faire une ligne éditorial,
contrairement à ce que laisse penser le titre. Certes c'est facile, c'est fédérateur, mais ce n'est pas non plus uniquement ce à quoi j'aspire. Mais comme j'aime bien lui faire croire que je
n'écoute qu'à moitié ce qu'il dit (manquerait plus qu'il sache qu'il est mon mentor !) je défends la position. Je lui parle de Houellebecq. Il me dit que Houellebecq c'est quand même plus
profond... et c'est vrai. Mais tout de même, combien de personnes sont réellement à même de comprendre toute la logique et l'intelligence de ses livres parmi ses millions (milliers ?) de
lecteurs. Et c'est bien le profond problème, quel que soit le sujet que l'on traite, la finesse et l'intelligence que l'on injecte dans nos écrits (je ne parle pas seulement des références et
autre jeux de mots, mais bien de l'interligne), on ne peut jamais être à l'abri d'une interprétation erronée et triviale.
Et il a raison mon frère. Parler de sexe c'est facile. Bien en parler c'est plus dur. Mais réussir à fédérer, interpeller et intéresser autour d'autre chose, c'est grand. Surtout dans le monde de
la blogosphère. Parce qu'il faut bien dire ce qui est, ce qui marche, ce qui est "vendeur" et ce qui peut faire de telle ou telle personne une star du net, c'est bel et bien le sexe - en dehors
des Blogs BD qui sont quand même un peu à part. Il n'y a qu'à voir les recherches google pour se rendre compte que c'est tout ce qui intéresse, et qu'une personne somme toute normale, basique,
voire inepte dans la vie, devient soudain fantastique dès lors qu'elle parle un peu uniquement de sa vie sexuelle - au mieux amoureuse - sur son petit blog intime, il ne s'agit pas là des
considérations générales, amusantes autour de la parade amoureuse, mais bien uniquement de sa propre sexualité.
Comme faire semblant d'être une adolescente attardée qui ne comprend pas ce qu'il me dit c'est lassant à la longue, je décide de prendre une nouvelle position, et de parler plus franchement. Je
lui explique que c'est tout de même surprenant, parce que s'il m'arrive de parler de sexe, c'est loin d'être mon sujet de prédilection. Je pense notamment à ma rubrique Théories
Foireuse, ou même La Blogosphère intelligente. Je lui explique que c'est tout de même avant toute chose un bon moyen de me remettre à écrire... pas le meilleur, mais un bon moyen
tout de même de travailler mon style. C'est le moment qu'il choisit pour me faire un compliment et me dire qu'il est vrai que j'écris bien et qu'il y a certainement quelque chose.
Cyprien se dresse, il sourit, et il me laisse poursuivre.
Enfin, bref, comme l'ensemble de la discussion a été longue, avec plein de mots compliqués et qu'il était 1h du matin, je ne vais pas vous assommer avec un compte rendu détaillé.
En revanche, je vais vous assommer avec le résultat de mes cogitations sur la question. Parce qu'il est évident que c'est bien plus intéressant pour vous, mais aussi pour moi. Vous avez tout de
même la genèse de ces cogitations qui m'ont occupé la tête pendant quelques temps.
Je suis donc revenue mentalement sur la discussion. Est-ce que j'envisage réellement de me définir uniquement par rapport à ma sexualité affirmée et assumée ? Je ne pense pas. Je suis d'ailleurs
mal à l'aise avec la pornographie, et j'emploie bien le terme de pornographie.
L'érotisme c'est très différent, quand je lis Tales of the City, c'est d'un oeil amusé et attendri (oui aujourd'hui, c'est le jour des adjectifs en A) parce qu'il faut bien avouer
qu'au-delà de l'orgie de ces quelques jours New-Yorkais, c'est aussi une jolie histoire d'amitié qui traduit très bien toute l'ambiguïté qui peut se dégager de n'importe quelle relation amicale.
Tout ça pour dire que la distinction est énorme et fondamentale dans ma maigre réflexion. Quand je décris, avec toute la distance qui s'impose, une rencontre idéale, c'est avant tout pour rendre
compte d'un phénomène social qui peut paraître spontané mais qui ne l'est jamais.
Par contre quand je lis que telle personne a baisé sauté fait l'amour avec telle personne, que c'est absolument, totalement et complètement réel et que d'ailleurs le seul intérêt
c'est de savoir qu'il y a eu acte, je ne peux m'empêcher de penser que c'est là que se trouve la réelle perversion.
Je ne dis pas que cela est malsain, ça peut être assez jouissif lorsque c'est le résultat d'une quête, conquête et remise en question de sa propre personne.
Mais que dire quand cela ne traduit rien de tout cela ? Quand cela ne parle que de cela ? Nous sommes tous des narcissiques à tendance égocentrique. Mais être un(e) égocentrique narcissique qui
ne se voit qu'à l'horizontale c'est assez effrayant. Tourner son blog uniquement autour de sa propre sexualité, n'est-ce pas le signe d'un manque total d'élévation. Car à trop voir l'horizontale
de la coucherie, on en perd de vue toute une dimension verticale de l'humain que nous sommes et aspirons à être (J'ai envie de dire, des homo erectus). Noyer des considérations nombrilistes
uniquement tournée sur son vagin/phallus dans une pseudo réflexion sur soi, ou dans l'affirmation absolue d'un mode de vie pseudo libertin, n'est-ce pas là la réelle pornographie ? Je ne peux
m'empêcher d'imaginer une personne qui se masturbe en regardant son propre film porno, et qui n'en jouit que lorsque les autres spectateurs applaudissent. Vous avouerez-que ça a de quoi laisser
songeur... Enfin, ce n'est qu'un point de vue.
Après tout chacun fait ce qu'il veut, ce qu'il sent, ce qu'il pense être bon pour lui. Mais ne me demandez de m'avilir de la sorte. Revenir sur le passé, certes. Analyser le présent, pourquoi
pas. Mais me définir ainsi... c'est au-dessus de mes forces.
Libres Penseurs