Samedi 21 février 6 21 /02 /Fév 06:25


Depuis que je suis tombée par le plus grand des hasards sur cette pub du ministère de la santé titrée fort justement, « l'impuissance, parlons-en », je ne peux résister à l'envie d'en parler, car il est évident que nos professionnels de la communication politique ne proposent pas ce sujet de conversation juste comme ça pour le plaisir. La fécondité de nos ministres nous rappellent d'ailleurs qu'il faut poursuivre sur la voix de la natalité, blablabla.

 


Enfin bref, il faut parler de l'impuissance, mais croyez-moi le sujet fait un peu mauvais effet dans les dîners en ville, je soupçonne les hôtes masculins de se sentir visés dans leur virilité, et après tout, c'est bien de virilité qu'il s'agit.


Donc ? Donc. Donc, si l'on considère le problème de l'impuissance chez nos amis les hommes, on observe une certaine gène qui n'a rien à voir avec celle d'un membre viril inopinément dressé à l'occasion d'un trajet en métro. Non, c'est bien la gène que procure la honte, la peur de subir l'opprobre publique et bien sûr le courroux des demoiselles. Pourtant c'est sans compter sur leurs amis les magazines féminins, qui tout féminins qu'ils soient font bien plus pour le bien-être des hommes que pour celui des femmes (grâce à qui de jeunes et graciles demoiselles se trouvent suffisamment complexées pour accepter les avances de n'importe quel gnome ?). Nous sommes d'accord. Mais là où les magazines sont très forts c'est lorsqu'il s'agit d'aborder – à l'occasion d'un dossier Spécial Sexe de 25 pages autour du mois de Mai, parce qu'en Juin on parle Maillot et Régime – le sujet tabou de l'impuissance. Et là les conseils ne manquent jamais... mais on y apprend surtout que l'essentiel du problème tient à la femme et que la femme se doit de comprendre son homme, de le rassurer et bien sûr de se culpabiliser. Comme si cela n'était pas le mouvement naturel de chaque femme lorsqu'elle se retrouve amoureuse... mais je m'égare. En effet, les femmes modernes ont gagné en indépendance et en confiance en elle, se qu'ils font que désormais les hommes ont peur d'elles, et Popol se recroqueville dans sa coquille.... ou alors, les femmes des années 80 sont tellement décomplexées par rapport à leur sexualité que les hommes ont peur d'elles, et Popol se recroqueville dans sa coquille.... ou alors, les femmes jusqu'au bout des seins sont tellement exigeantes en raison d'un culte de la performance qu'on leur inculque dès l'enfance, que les hommes ont peur d'elles, et PoPol se recroqueville dans sa coquille....



Donc, les féminins sont clairs : rassurez-le. Asseyez-vous au bord du lit, tenez-lui la main (à défaut d'autres choses) et dé-dramatisez. Bien. Why not, comme dirait l'autre. Mais le revers de bâton de la médaille de la chose peut être terrible, car l'impuissant n'est pas le pauvre minot sujet à sa première panne, l'impuissant n'est pas le trentenaire stressé terrifié à l'idée de ne pas remplir ses quotas... l'impuissant est bien plus et au-delà. L'impuissant vit souvent son « souci » (l'euphémisme libère le rire) comme une réelle défaillance une erreur de fabrication, il maudit sa mère qui l'emmenait bien trop souvent faire des balançoires aux Luxembourg, et maudit toute femme susceptible de lui renvoyer son défaut de fabrication ou, moins durement, de fonctionnement, au visage.


Pourtant le processus emprunté ne suggère pas immédiatement le problème à la pauvre demoiselle naïve et confiante, voire alléchée par le coït annoncé. En effet, dans un instant de démonstration flagrante d'impuissance, le sujet alpha trouvera d'abord une excuse conjoncturelle. S'il n'a jamais eu le problème, il accusera l'hypothétique alcool qu'il aura ingurgité... mauvais idée, la demoiselle attendra que le taux d'alcoolémie retombe et lui fera ingurgiter des tonnes de café dans l'espoir d'obtenir cinq à dix minutes de plaisir. Si le problème est de plus en plus récurrent, voire constant, il aura pris le temps de préparer une excuse en béton, l'excuse plus que classique des anti-dépresseurs que chacun d'entre nous sort un jour ou l'autre : « Madame, je me suis pas réveillée, c'est à cause de mes anti-dépresseurs ils me perturbent mon rythme de sommeil » ; « Non mais tu comprends Mamours mon Prozac me fait perdre toute libido, donc on va regarder la télé ce soir », dit-elle en espérant qu'il ne s'apercevra pas de l'absence totale d'épilation,... les raisons sont légions et surtout le malaise que l'excuse provoque est souvent bien pire que le malaise initial de la panne sexuelle. Donc la demoiselle, toute attendrie par ce jeune loup fougueux amoindri chimiquement entreprend non plus de le rassurer, mais de faire oublier la situation. En dedans d'elle-même, elle se dit qu'après tout l'important c'est de passer un bon moment, et Johnny qui attend bien sagement dans le tiroir de la table de nuit se chargera du reste.


D'ailleurs, quand elle raconte l'histoire à ses copines – dès le lendemain, bien sûr – c'est à peu près toujours en ces termes :

« Il a pas pu, mais franchement, je m'en fous parce qu'en dehors de ça on a vraiment passé une soirée géniale ».

Alors qu'un homme qui passerait la nuit sur la béquille ne raconterait jamais la chose en ces termes à ses amis, mais passons.


Jusque là me direz-vous rien de bien grave, si les deux parties sont satisfaites de leur propre hypocrisie à quoi bon jeter la pierre. Malheureusement, l'impuissant est avide de pouvoir puisqu'il ne saurait en avoir un quelconque sous la couette, alors il s'assurera d'avoir tout de même su prendre l'ascendant sur la jeune fille, lui promettant qu'il n'a jamais vécu ça avec aucune autre, que vraiment elle est une fille fantastique, qu'il la kiffe, que que que.... Qu'il le pense ou non en réalité cela n'a que peu d'importance puisqu'il n'a jamais le courage d'aller au bout de sa pensée (ça devient même une habitude chez lui de ne jamais aller au bout). Et c'est toute enamourée que notre jeune fille rentre chez elle, vous retrouverez sur ce point l'un des traits caractéristique du Connard Suprême.


Par la suite le discours changera pour peu qu'il donne suite. Si l'excuse immédiate du problème a été conjoncturelle (les anti-dépresseurs ou l'alcool), lorsqu'il lui faudra se retrouver confronté à la jeune fille une nouvelle fois, l'excuse sera autre. Prétextant le temps de la réflexion, ou ne prétextant rien, une fois la règle des trois jours écoulée (durée non-contractuelle), il arguera d'un défaut de chimie, d'un truc qui ne fonctionne pas. C'est pas toi, c'est pas moi, c'est nous. Ca ne fonctionne pas. Il sera certes désolé, et par là même aura trouvé une excuse formidable qu'il finira peut être même par croire.


C'est là le piège de l'étape 2. Autant s'en tenir à la première excuse, non seulement on ne passe pas trop pour un con, mais en plus on évite aux copines de la demoiselle d'échafauder des dizaines de théories : depuis « il est gay » jusqu'à « il a eu un accident de caniche étant enfant qui lui a arraché la couille droite »... (excuses véridiques entendues en pareilles situations, par moi ou par d'autres) Seulement il faut bien admettre que s'il ne change pas d'excuse, il aura plus de mal à se débarrasser de la demoiselle, qui ayant compris une fois, risque de comprendre la prochaine et celle encore d'après. Nous le savons, une fille c'est mièvre, naïf et stupide, du moins jusqu'à ce que ça rencontre quelqu'un d'autre pour satisfaire ses envies et qu'elle largue le modèle défaillant pour le modèle performant (d'ailleurs le passé sert toujours de leçon, désormais elle teste la marchandise en prétextant ne pas vouloir coucher le premier soir, mais vérifiant la main dans le caleçon que tout est en place).


Car le risque si l'on poursuit la relation c'est de se retrouver nez à nez, presque chaque jour, avec celle qui vous renvoie chaque nuit son invalidité chronique. Et oui. C'est dur. C'est triste. Dites-le avec moi, c'est pathétique. Et déjà que la relation en elle-même est bancale, n'allons pas en sus lui rajouter une colère sourde de part et d'autre.


Et finalement, la dernière étape une fois ce cheminement définitivement achevé, c'est celle où les femmes sont le problème, pas eux. Cause purement exogène et déculpabilisante permettant au mâle de passer, enfin, à autre chose. Cette phase, la plus pathétique de toute sans doute, revient à signaler à notre jeune héroïne que le problème de toute façon c'était elle, son gros cul, ses trop petits seins, son bec de lièvre, ou son grain de beauté sur la cheville...


Hum.


Et la boucle est bouclée.

Par So Long - Publié dans : Théories foireuses - Communauté : Relations amoureuses
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